Valérian et la Cité des mille planètes : Un joli bonbon acidulé sans saveur

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Avec Valérian et la Cité des Mille Planètes, l’objectif est clair : Luc Besson veut montrer aux américains qu’il peut faire tout comme eux. Marvel a adapté au cinéma ses comics ? Soit ! Le réalisateur de Lucy adaptera donc la BD française de sa jeunesse : Valérian et Laureline, créée par Jean-Claude Mézières et Pierre Christin. Un monument du neuvième art, qui a influencé nombre d’oeuvres de science-fiction du septième art. Besson s’est attelé au projet après avoir visionné Avatar : les possibilités technologiques étaient désormais infinies et à même de retranscrire sa vision de l’oeuvre.

Le fondateur d’EuropaCorp s’est donné les moyens pour réaliser le film de ses rêves : 197 000 000 euros, de loin le plus gros budget français de tous les temps. Entièrement tourné en France, la production du film aura duré trois ans au total. Autant dire que les attentes autour de ce projet pharaoniques sont grandes. Aurait-on droit au renouveau du film de science-fiction français, 20 ans après Le Cinquième Élément réalisé par le même Luc Besson ? La concurrence avec les productions Marvel est-elle justifiée ?

On peut déjà se rassurer, on est loin du nanar Lucy, et ce dès les premières minutes.

La scène d’ouverture de Valérian, qui présente la création d’Alpha, la fameuse cité des mille planètes, est en effet une très bonne surprise, entièrement muette et rythmée par Space Oddity de David Bowie.

L’esthétique est travaillée et les plans fourmillent de détails (parfois trop, certains reprocheront une bouillie numérique façon Menace Fantôme), témoignant d’un univers très riche. Malgré tout, quand on regarde les designs des vaisseaux, des tenues, des extraterrestres, etc… On ne peut s’empêcher d’avoir une impression de déjà-vu. Mais à qui la faute ? Après tout, la bande dessinée d’origine a tellement inspiré les films de science-fiction qu’il serait injuste d’en incomber l’entière responsabilité à Luc Besson. On sera donc impressionné par tant d’effets visuels globalement réussis, sans être totalement dépaysés. Il est également malheureux que le montage rapide ne laisse pas beaucoup de temps pour apprécier le spectacle. Tout est tourné vers l’action, alors que les environnements mériteraient d’être davantage mis en valeur (ce qu’avait réussi à faire James Cameron sur Avatar). Sinon, à quoi sert de développer un tel univers et de surcharger ainsi ses plans ?

Car oui, nous sommes bien dans un film de Besson et le bonhomme n’a pas l’habitude de passer par quatre chemins. Tout va très vite et sans trop de subtilités. Certaines séquences ne semblent d’ailleurs exister pour que pour donner vie à des scènes d’action spectaculaires.

Je pense notamment à la virée sous-marine (avec comme guest Alain Chabat), à l’intérêt très discutable.

Ce n’est donc pas pour son scénario qui faudra aller voir Valérian. Et c’est dommage, le matériau de base ayant donné ses lettres de noblesse à la BD de science-fiction par ses thématiques politiques, sociales et écologiques. Ici, on n’aura droit qu’à une très pauvre réflexion sur l’entraide qu’on peut créer au delà des différences, et sur le fait que l’ennemi n’est pas toujours celui qu’on croit. Le scénario est sans surprises, les dialogues sonnent faux, sont trop explicatifs…

Ces défauts sont certes récurrents dans les blockbusters et il est peut-être vain de les mentionner à chaque nouvel exemple. Après tout, l’intention de Besson est de faire rêver petits et grands, et elle est louable. Mais cela ne devrait pas être une raison pour mettre son cerveau au vestiaire, et on a parfois l’impression qu’on nous présente un joli bonbon acidulé, finalement sans saveur.

Sans saveur, c’est aussi ce qu’on pourrait dire du duo d’acteurs Dane DeHaan / Cara Delavingne. On a du mal à comprendre pourquoi le choix de casting s’est arrêté sur ces deux là, si ce n’est pour répondre à des besoins de marketing. Entendons-nous bien : Dane DeHaan est un acteur talentueux (The Place Beyond The PinesChronicle), mais sa performance ici est clairement décevante. Le couple qu’il forme avec le mannequin Cara Delavingne manque cruellement de charisme et se révèle peu plausible, les acteurs ayant l’air d’être tout juste sortis de l’adolescence. Les dialogues n’aidant pas, les scènes romantiques donnent l’impression de regarder un mauvais teen-movie.

Mais c’est en réalité le casting entier de Valérian qui pose problème. Comme si Luc Besson avait voulu caser le plus possible de stars dans son film, même si les personnages ne leur correspondaient pas du tout. L’apparition de Rihanna en danseuse métamorphe ne semble servir qu’à ajouter une séquence sexy au film, Clive Owen semble se demander ce qu’il fait là, et Ethan Hawke est inutile (et pourtant, quel acteur !).

Valérian a le côté décomplexé des productions Marvel mais sans parvenir à apporter une brise de fraicheur. Car à trop jongler avec les références, on se retrouve avec un pot-pourri des succès de science-fiction de ces dernières années (AvatarLes Gardiens de la GalaxieStar Wars). Mais, si de nombreux défauts viennent entacher la nouvelle production Besson, celle-ci est loin d’être ridicule. Valérian et la Cité des Mille Planètes est un film à grand spectacle qui s’assume. Sans toutefois arriver à renouer avec l’inventivité et l’originalité qui faisaient la force du Cinquième Élément.