Critiques Ciné

Daredevil : The Devil Inside Me

Le verdict est sans appel : Daredevil est la (bonne) série que l’on n’attendait pas, surtout venant de Marvel. Car oui, il va falloir rejeter tous nos préjugés sur cette usine à fabriquer des produits calibrés (qui restent plaisants pour la plupart certes) et sans âme. Oublions également la catastrophe de Agents Of Shield, ses intrigues insipides et ses personnages sans profondeur. Et surtout sortons de notre esprit le Daredevil de 2003.

Il est aussi important de noter que la série que nous propose Netflix aujourd’hui est largement au dessus de toutes les séries de super-héros du moment (comprenez les séries DC). Si Arrow a réussi à développer un univers sombre et réaliste rappelant le Dark Knight de Nolan, la série de la chaîne CW s’est au final révélée prisonnière de son public cible, les ados : dialogues mièvres, personnages clichés… La série Gotham, quant à elle, s’est perdue dans les multi-références à l’univers Batman, et n’a pas su créer une intrigue assez consistante ; là encore, les personnages sont peu intéressants, à l’image de Jim Gordon, un héros beaucoup trop lisse.

Que de défauts qu’a su éviter la nouvelle série Netflix. Et ce n’était pas mince affaire, car le matériau même du super-héros n’est pas simple à manipuler : soit on le traite à la façon des traditionnels films Marvel (surenchère de séquences impressionnantes pour combler le spectateur quémandeur de moments épiques) soit on met l’accent sur la psychologie, comme l’avait si bien fait Christopher Nolan avec sa trilogie The Dark Knight. C’est cette approche que Daredevil a choisi.

La principale caractéristique de Daredevil est d’avoir su pioché dans les éléments clés des films de Nolan, tout en développant sa propre identité. Difficile en effet de ne pas penser à Batman Begins lors de la première apparition du héros masqué, Daredevil virevoltant entre les containers d’un port tandis que les malfrats, morts de trouille, tirent à tout-va.
C’est également dans un univers ultra-réaliste qu’évolue Matt Murdock, alias Daredevil. Là encore, c’est le Batman Nolanien qui sert de modèle suprême. Par exemple, Matt n’est pas invincible, loin de là : ses blessures s’accumulant, son corps est de plus en plus marqué par de terribles cicatrices.

L’univers est donc cohérent et plaisant, même si on pourrait justement lui reprocher de rentrer dans la norme : l’époque semble être au film de super-héros réaliste, en tout cas celui qu’on désire profond et adulte. Sinon, on retrouve les éternels débats du super-héros : comment lier vie personnelle et vie secrète ; comment garantir la sécurité de ses proches ; et surtout, jusqu’où peut-on aller dans la violence en tant que justicier ? Mais ces débats sont traités de manière intelligente, et sont donc paradoxalement rafraichissants. Surtout que la série prend des risques dans son écriture, donnant par exemple une place importante à la religion : Matt, catholique, se pose beaucoup de questions sur ses actions, sur sa propre nature. Aurait-il le diable en lui ? Cette approche permet d’interroger la dualité qui réside en tout homme, et par extension dans le système tout entier.

Car oui, le système va mal. Le quartier qu’essaie de protéger Matt, Hell’s Kitchen (« la cuisine du diable » : ça ne s’invente pas !), se meurt, gangréné par la pauvreté et le crime organisé. Evidemment, la corruption s’immisce partout, que ça soit dans la police, dans les tribunaux, ou dans les médias… A la tête de cet empire du crime, Wilson Fisk, un ennemi aussi dangereux que passionnant, et l’une des plus belles réussites de cette première saison. Interprété par Vincent D’Onofrio qui fait vivre son personnage avec une intensité incroyable, Fisk (alias Le Caïd dans les comics) s’avère être une némésis remarquable pour Daredevil, et l’évolution de leur affrontement rythme parfaitement les épisodes.

La violence est aussi extrêmement présente, toujours à travers cette optique d’ultra-réalisme. Aux combats (très bien chorégraphiés), longs, laborieux, comme pour montrer qu’il ne suffit pas d’un coup de poing « comme dans les films » pour mettre K.O. un adversaire, s’ajoute une imagerie visuelle qui fait parfois froid dans le dos. Comme cette scène où Fisk laisse libre court à sa colère en fracassant la tête d’un « pauvre » malfrat, à plusieurs reprises, avec la portière de sa voiture : pourtant, pas de plans gores ici, seulement l’expression de fureur de Fisk, dont on mesure alors la sauvagerie.

Résolument adulte par son ton malgré le thème, Daredevil est l’une des nouvelles pépites de cette année. Les treize épisodes de cette première saison sont extrêmement addictifs, mais pas en raison de banals cliffhanger : ici c’est l’ambiance, les dialogues, les personnages, l’interprétation, et ce fil narratif, entièrement contrôlé du début à la fin, qui crée l’addiction. Bien sûr, la série n’est pas exempte de défauts, comme cette tendance à s’inspirer de ce qui a marché avant elle : mais c’est tellement bien fait qu’on veut bien lui pardonner. Après tout, rien n’est parfait, et le diable réside en toute chose… N’est-ce pas Daredevil ?

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