Critiques Ciné

Avengers 2.0

Les Avengers sont de retour, plus super et plus nombreux que jamais, pour combattre une intelligence artificielle qui risquerait (pour changer !) d’exterminer l’humanité… Après les Gardiens de la Galaxie l’été dernier, bouffée d’air frais qui sortait enfin des sentiers battus, Marvel revient malheureusement à sa formule standard. Toujours plaisante à regarder certes, mais qui commence sérieusement à perdre de son charme.

Que l’on apprécie les films de Marvel Studios ou non, il faut bien leur laisser une chose : depuis 2008 et la sortie du premier volet de Iron Man, la maison de productions a su créer un projet d’une envergure qui force le respect : la création d’une franchise sur les super-héros composant le groupe des Avengers, chacun (ou presque) disposant de son propre film, mais se situant tous dans le même univers, qu’on appelle alors un « univers partagé ». L’intérêt ? Transposer au cinéma l’une des caractéristiques phares qui composent les comics : l’interconnexion. Les films se répondent entre eux, usant de références et de clins d’oeil qu’on ne peut comprendre que s’il l’on a vu tel ou tel volet. Un plaisir de spectateur donc, mais également une aubaine financière pour Marvel, puisque cela incitera les fans à aller voir toutes les productions du studio pour ne pas être mis sur la touche (un peu comme s’il l’on ratait un épisode d’une série, ou plutôt, pour en revenir au matériau des comics, le dernier numéro de sa B.D favorite). L’univers très dense des comics est donc reproduit au cinéma (dans une moindre mesure évidemment) et rendu accessible au plus grand nombre.

Ont ainsi vus le jour des films consacrés à Iron Man, Captain America, Thor et Hulk, avant qu’ils ne soient tous rassemblés (avec également la Veuve Noire et Œil-de-Faucon qui n’avaient pas eu droit à leur production exclusive) dans le premier Avengers (2012): l’équipe de super-héros nouvellement constituée devaient faire face à une menace venue de l’espace… Succès mondial, il était alors inédit de voir un rassemblement pareil dans un film de super-héros, et par extension un casting d’une telle ampleur. Mais c’est aussi ça qui fait le succès de Marvel : pouvoir rassembler un aussi grand nombre de stars à l’écran (Robert Downey Jr, Chris Evans, Scarlett Johansson, Chris Hemsworth, Samuel L. Jackson…) après qu’elles aient chacune eu la vedette dans leurs films respectifs.

Une nouvelle série de films « solos » plus tard, les Avengers sont de retour dans ce volet, toujours réalisé par Joss Whedon, sous-titré « Age Of Ultron ». Ce dernier est une intelligence artificielle créée par Tony Stark/Iron Man dans le but d’amener la paix sur Terre, mais qui va vite se résoudre à supprimer la race humaine, la jugeant irrécupérable, pour accomplir sa mission. Le pitch de départ ne laisse donc aucunement part à l’originalité : le robot tueur ultra intelligent, c’est du vu et revu. Et on touche là le principal problème du film, qui ne concerne pas que le grand méchant. Même pour un Marvel, cet opus se révèle bien trop ressemblant aux autres, mais surtout au premier Avengers.

Ainsi, le groupe de super-héros fait une nouvelle fois face à une multitude d’ennemis : les centaines de robots remplacent les centaines d’extraterrestres qui voulaient envahir la Terre. De même, des tensions existant au sein de l’équipe, les ego devront être mis de côté pour que la victoire soit possible, « ensemble ». Car c’est évidemment en étant solidaires que les Avengers sont les plus forts… Des bons sentiments dégoulinants, qui résument bien le manque certain de finesse scénaristique. Cela n’a certes jamais été vraiment le cas, mais ce défaut n’en devient que plus blâmable au fil des films. Le même schéma se répétant inlassablement, il serait bénéfique que le studio se renouvelle, en insufflant par exemple une dose de psychologie dans ses personnages.

Mais pour cela, il faudrait peut-être déjà alléger le récit, devenu beaucoup trop confus. Si le premier Avengers était très riche, ce deuxième volet pousse le bouchon un peu loin. Par exemple, le nombre important de personnages ne permet pas de développer chacun d’entre eux comme il faudrait : les secondaires et nouveaux arrivants n’étant pas assez fouillés et les principaux réduits à leurs simples archétypes définis depuis leurs films solos. Seul Oeil-de-Faucon est plus approfondi, mais de façon assez maladroite… Les scénaristes ont effet eu l’idée de faire de ce personnage (assez plat) un père de famille habitant une ferme. Si le costume de Captain America permettait déjà d’atteindre le quota de patriotisme requis, cela ne suffisait visiblement pas : on a donc le droit à cette scène où, tandis que le mari justicier sauve le monde, les enfants lisent calmement dans le salon et où la femme prépare à manger dans la cuisine.

De plus, du fait que le film est censé lier tous les précédents, les références à l’univers partagé Marvel (personnages, clins d’oeils…) sont décuplées : pas forcément une bonne nouvelle si l’on ne se souvient pas des détails de tous les films, ou si on ne les a tout simplement pas vus. Le spectateur risque donc d’être largué, surtout que certaines de ces références nourrissent directement l’intrigue principale.

Mais si le studio semble avoir abandonné toute volonté d’aborder (et d’approfondir) des thématiques originales et profondes, il y a bien une chose pour laquelle il reste le maître : le spectaculaire. Car ne nous y trompons pas, Marvel sait toujours y faire pour contenter notre rétine et notre soif de séquences sensationnelles. Le film comporte son lot d’affrontements titanesques, comme le combat entre Iron Man et Hulk, qui font parler leurs poings en détruisant tout sur leur passage (à ce moment d’ailleurs, les civils semblent complètement oubliés, puisque Iron man n’hésite pas à détruire, entre autres, un immeuble pour tenter de vaincre Hulk : certes désert, le bâtiment s’effondre bel et bien, propageant poussière, débris et panique dans les rues). Cette séquence, où on peut voir un Tony Stark affublé d’une armure immense, n’est d’ailleurs pas sans rappeler Transformers : des êtres démesurés d’une puissance inouïe, ravalant la ville autour d’eux… Mais contrairement aux blockbusters de Michael Bay, l’action reste toujours lisible, et très esthétique.

Tout comme celle d’Ultron, la mécanique de Marvel est décidément bien huilée. Cette comparaison peut d’ailleurs donner à cet Avengers une signification toute particulière : et si les centaines de robots tous identiques que créait l’intelligence artificielle reflétaient les produits formatés de Marvel, de plus en plus nombreux, qui sortent chaque année sur nos écrans ? Espérons que le studio re-tentera à l’avenir de privilégier l’originalité comme cela avait été le cas pour les Gardiens de la Galaxie. La sortie prochaine du décalé Ant-Man nous donnera peut-être une réponse… Et pour les spectateurs ayant du mal avec le manque de maturité des Marvel classiques, l’excellente série Daredevil (produite par Marvel et diffusée sur Netflix) pourrait être la solution : se situant pourtant dans l’univers partagé, l’écriture soignée de cette série et son ambiance sombre rappelle la trilogie du Dark Knight de Nolan, et en fait l’une des très bonnes surprises du studio. Supposons donc qu’un jour nous aurons droit à la même prise de risque sur grand écran… Histoire que Marvel montre le même courage que leurs Avengers.

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